Peugeot 206 S16 et RC, la GTI qui ne veux pas dire son nom

Ont-ils soupçonné, ne serait-ce l’espace d’une fraction de seconde, le phénomène automobile qu’allait devenir leur création ? Car c’est bien « à l’insu de leur plein gré » que les ingénieurs de Volkswagen vont donner naissance au phénomène GTI. Etrange réaction des consommateurs au lendemain de deux crises du pétrole de choisir des voitures qui vont à l’opposé des restrictions pour limiter la consommation de pétrole. Mais le monde est ainsi fait, après chaque crise, il y a un effet rebond qui se manifeste d’une manière ou d’une autre. Donc, dans les années 80, on va se défouler avec de petites sportives polyvalentes et pratiques. Souvenez-vous de cette période faste pour les fans de voitures : les constructeurs n’avaient pas honte de communiquer sur les performances de leurs bolides, des vitesses de pointe proches des 200 km/h s’étalant en toute impunité sur les affiches publicitaires, en contradiction totale avec les limitations de vitesse instaurées dans la décennie précédente. Il y a d’autres domaines dans lesquels on s’est lâché à l’époque : les coiffures ébouriffantes, la musique rock au sommet de son art avec des concerts gigantesques, l’argent roi élevée au rang de signe de réussite avec les golden-boys, pour ne citer que ces quelques exemples. L’automobile va suivre cette vague d’optimisme en Rallye avec les extravagantes groupe B et les voitures de série sportive ne vont pas se cacher : et que je te mette un spoiler, et que te visse un becquet, et que te monte des jantes alu, et que je te colle des bandes colorées, et que j’imprime des touches de rouge même jusqu’à l’intérieur. Il faut en mettre plein la vue, montrer à qui on a à faire jusqu’à l’excès, jusqu’au trop plein. Et ce qui devait arriver arriva, après cette période excessive, il y a un retour à la réalité : le krach boursier d’octobre 1987 va déjà mettre un holà à la folie boursière, la guerre du Golfe au début des années 90 va nous faire prendre conscience que, malgré la chute du mur de Berlin, la paix n’est pas garantie et la fracture sociale de Chirac du mitan des années 90 nous fait prendre conscience que les 30 glorieuses sont bien derrière nous. L’automobile comme le reste s’adapte au contexte. Ainsi, lorsque Peugeot présente sa 206 S16 en 1999, on est à l’opposé total de l’exubérance de la 205 GTI. Finies les bandes rouges, finies les élargisseurs d’ailes voyants, le maître-mot est sobriété. Il faut avoir un oeil sacrément affuté pour constater la largeur accrue des ailes avant, la taille agrandie de la grille d’entrée d’air avant et la proéminence des pare-chocs. Même l’intérieur va faire les frais de la nouvelle tendance : finie la moquette rouge, place aux tons de gris, seule exubérance notable, le fond des compteurs en blanc, oui blanc pas rouge ! Même le nom de baptême est étudié avec soin, exit le GTI. Certes, Peugeot avait déjà abandonné, du moins en France, ce patronyme sur les 106 et 306 avec les XSI et S16 plus consensuels, moins démonstratifs et qui avaient le gros avantage de ne pas faire partir en courant votre assureur ! (Cliquez sur les illustrations pour agrandir)

Mais les performances me direz-vous, sont-elles encore à la hauteur ? Jugez par vous-mêmes : nantie d’un 2 L de 137 ch et 190 Nm, cette 206 filait à 205 km/h, abattait le 0 à 100 km/h et le 1000 m DA respectivement en 8’’1 et 29’’4 soit des valeurs très proches d’une 205 GTI 130 ch. mais avec une polyvalence et un agrément supérieur. Peugeot le revendique d’ailleurs dans son prospectus : brio et confort sont les adjectifs choisis afin de caractériser sa nouvelle sportive. La tenue de route est évidemment à la hauteur des habitudes de Peugeot. Cependant, avec les premières versions chaussées en roues de 15 pouces, lors de freinage en appuis dans les courbes, la mobilité du train arrière donnera quelques sueurs aux apprentis pilote, à l’image de la 205 GTI ! La 206 va quasiment restée inchangée tout au long de sa carrière et ce n’est pas le restylage de milieu de vie qui va changer grand-chose. Je vous laisse jouer au jeu des sept erreurs en comparant les illustrations des phases une et deux. 

Comparaison entre les phases 1 et 2

Cliquez sur les illustrations pour agrandir

Mais les vrais amateurs vont néanmoins rester sur leur faim, car les performances ne sont finalement pas bien supérieures à une voiture présentée treize ans auparavant ! Où est le progrès ? Peugeot va contenter ceux-ci en proposant en 2003 la nouvelle RC plus affutée. Bon, l’extérieur restera encore sobre, seules les magnifiques jantes de 17 pouces et le becquet arrière augmenté vont la différencier d’une S16. L’intérieur va s’agrémenter de véritables baquets sentant bien le sport, ces quelques changements suffiront à lui donner une personnalité plus affirmée tout en ne choquant pas. Le moteur grimpe à 177 ch., la vitesse de pointe à 217 km/h, les 0 à 100 km/h et le 1000 m DA descendent à 7s5 et 28s4, le progrès est évident par rapport à sa sœur S16 et cette version RC deviendra une référence dans sa catégorie. (Cliquez sur les illustrations pour agrandir)

En définitive, malgré leurs apparences très sages, ces deux sportives peuvent être considérées comme de véritables GTI. Des GTI qui ont su s’adapter à leur époque où la mode des tape-culs était bel et bien passée avec comme conséquence logique, un niveau de vente bien inférieur à son aïeule 205 GTI. D’ailleurs, Peugeot n’a pas multiplié les variantes sportives, j’en veux pour preuve l’absence d’une version Rallye civile que je vous propose ci-dessous. (Cliquez sur les illustrations pour agrandir)

La 206, toutes versions confondues est à ce jour, avec plus de 10 millions d’exemplaires vendus, la Peugeot la plus diffusée de l’histoire, on a tendance à l’oublier tant le succès de la 205 résonne encore aujourd’hui. Proposée dans de nombreuses versions permettant de couvrir la pluralité des attentes des consommateurs, elle a été diffusée dans de nombreux pays à travers le monde et ceci pendant plusieurs années. Sa forme, toujours actuelle, a fait l’unanimité expliquant cette réussite. Regardez autour de vous, elle sillonne encore beaucoup nos routes aujourd’hui, une grande majorité appartenant à des jeunes louant sa fiabilité et son économie d’entretien.

Terminons par les coloris, j’ai découvert avec surprise que l’on pouvait opter, sur la version S16, pour quasiment toutes les teintes proposées au catalogue. Encore une fois en opposition aux pratiques des années 80 où les noir, argent, blanc et rouge étaient rois. Sur l’ensemble de sa carrière, il y avait au total vingt-deux teintes possibles. Eh non, il n’y avait pas que le gris argent ou gris iceland ! Sur la version RC par-contre, seules cinq nuances étaient possibles, Peugeot voulant sans doute donner une certaine exclusivité à son fer de lance et éviter la confusion avec une simple XR. (Cliquez sur les illustrations pour agrandir)

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