Peugeot 304 berline et break, grosse 204 ou petite 504 ?

Lorsqu’on est gamin, on peut vous faire croire n’importe quoi : au Père-Noël, à la petite-souris, etc… Naïveté ? Certainement, mais qui s’explique par l’innocence d’un individu dont l’existence a été peu confrontée aux épreuves de la vie. En 1969, Peugeot voulait nous faire croire que sa 304 était une toute nouvelle voiture à part entière de la gamme, j’y ai effectivement cru un bon moment jusqu’au jour où j’ai découvert la recette pour créer cette berline ! Quelle est-elle ? C’est simple, prenez tout d’abord une 204 avec sa mécanique, faites évoluer cylindrée et puissance afin d’accéder à la catégorie des 7 CV, marché crucial dans la France des années soixante dix.  A l’intérieur, mettez-y un nouveau tableau de bord en « ronce de formica » et de nouveaux garnissages qui donneront l’impression d’avoir à faire à un véhicule plus haut de gamme. Ensuite, passez à l’extérieur, allongez l’arrière de quinze centimètres, cette extension aura un double avantage : un attrait plus statutaire et un coffre qui gagne quelques dm3 bienvenus des familles, cible visée par Peugeot. Enfin, à l’avant reproduisez l’esthétique du fer de lance de la marque du moment, en l’occurrence la 504 avec ses fameux phares évoquant les yeux de Sophia Loren (dixit les designers du projet). Saupoudrez encore quelques chromes de-ci de-là pour faire bonne mesure. Le résultat ? Vous obtiendrez un véhicule qui se rapproche extérieurement du haut de gamme alors qu’il est bien basé sur le bas de gamme de la marque ! Le tout à peu de frais car les investissements, en reprenant nombre de pièces de la 204 déjà commercialisée depuis cinq ans, et avec succès en plus, sont largement rentabilisés. Habile opération de Peugeot jouant au meccano et faisant du neuf avec du vieux. Cette pratique est aujourd’hui monnaie courante : faire des économies d’échelle en utilisant des bases mécaniques quasi identiques et en les habillant différemment. Le groupe VAG est un excellent exemple mais les autres constructeurs pratiquent fréquemment ces opérations dont PSA avec par exemple les C3, 208 et Corsa. Avec Stellantis, les possibilités seront encore plus larges.  Bon tout ça pour vous dire que je trouvais la 304 réellement plus haut de gamme que la 204 et j’aurais vraiment préféré user mes fonds de culotte sur la banquette arrière en tissus d’une 304 S Bleu Azur ou Vert Mousse métallisée plutôt que sur celle en skaï d’une 204 break blanc Alaska.

La 304 berline est donc présentée en septembre 1969 avec une évolution du moteur de la 204 passant de 1130 cm3 à 1288 cm3 et de 55 ch à 65 ch. Les trains roulants sont conservés tels quels si ce n’est un raidissement des suspensions pour mieux résister à l’accroissement du poids total. Comme vu plus haut, c’est surtout par son aspect qu’elle va se différencier de sa petite sœur et faire la jonction entre la 204 et la 504 tout en poussant petit à petit la 404 vers la sortie. Bien que plus grande, cette dernière commence à se démoder et la 304 proposant en outre des prestations proches, lui fera de l’ombre. Un an plus tard, c’est au tour du break 304 d’intégrer la gamme dont le dessin sera quasi identique à la 204 du même nom puisque toute la partie arrière est conservée ! Elle va bien sûr calquer sa mécanique et sa présentation sur la berline. On peut donc résumer les choses ainsi : si vous voulez un break bon à tout faire, prenez la 204, mais si vous voulez un break avec plus de standing, c’est la 304 qu’il vous faudra. N’oublions pas à ce stade, l’introduction des coupés et cabriolets au salon de Genève 1970 qui vont purement et simplement remplacer les 204 équivalentes, au contraire des gammes 204/304 berlines/break vivant en parallèle.

La 304 va rencontrer son public et captera même des clients qui auraient initialement opté pour la 204. Si on additionne le total des ventes françaises de 1970 des deux modèles, on arrive au chiffre d’un peu plus de 194.000 unités contre un peu plus de 156.000 en 1969 pour la 204 seule, une vraie réussite et une sacrée bonne affaire pour Peugeot. Le niveau des ventes va subsister aux alentours de 200.000 en 71 et 72 toujours au profit de la 204 qui se laissera doubler par sa grande sœur en 1973, millésime d’apparition des versions S sur la berline. Ces dernières vont bénéficier d’un moteur à la puissance accrue à 75 ch grâce à l’adoption d’un carburateur double corps. Sa présentation et ses équipements seront enrichis de chromes, appui-têtes, garnitures spécifiques et autres, lui donnant un petit côté bourgeois, haut de gamme, dynamique pouvant rivaliser avec les Renault 12 TS et Simca 1100 Spécial.

Notons au passage que c’est lors de ce millésime que la partie arrière de toutes les berlines va évoluer : le pavillon sera redessiné afin de gagner un peu de garde au toit pour les passagers. Les doubles feux verticaux vont laisser place à de plus classiques éléments horizontaux intégrant les feux de recul et donnant à la 304 berline un faux air de d’Alfa-Romeo Giulia !

En 1976, la 204 est définitivement arrêtée mais qu’importe, la 304 va reprendre le flambeau en intégrant les finitions GL et GLD qui vont peu ou prou reprendre la définition des 204 défuntes. Le haut de gamme S est rebaptisé SLS et le milieu de gamme prend désormais le patronyme SL. Malgré l’apparition de la 305 en 1977, la gamme 304 demeure au catalogue, qui plus est, en profitant de changements dans sa présentation : nouvelles teintes de carrosserie et garnissages, roues empruntées à la 305 pour ne citer que ces exemples. Peugeot était coutumier du fait de laisser vivre l’ancien et le nouveau modèle quelque temps en parallèle. Ainsi la 304 berline ne sera arrêtée qu’en 1979 et le break un an plus tard, laissant la place entière à la 305.

Le bilan ? Plutôt positif car la 304 a été produite à presque 1,2 millions d’exemplaires qui se rajoutent aux 1,6 millions de 204. Sans atteindre les sommets des 205, 504 ou 206, le duo fait donc clairement partie des succès de la marque au lion et a contribué à son image.

Il était tentant pour moi de dévergonder cette sage et classique berline qu’est la 304. Ainsi, je vous la propose avec des jantes BBS, un kit carrosserie et l’inévitable assiette rabaissée dans le plus pur style du tuning allemand. Sympa, non ?

Enfin, pour terminer la série des nuanciers 204/304 et toujours en collaboration avec Pierre du site http://ma204.free.fr/ qui m’a fourni les informations, j’ai réalisé ceux des berline, break et fourgonnette.

4 commentaires sur “Peugeot 304 berline et break, grosse 204 ou petite 504 ?

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  1. Encore un excellent article que celui-ci… Et que dire des dessins sinon qu’ils sont remarquables de finesse et permettent de visualiser les évolutions détaillées dans le texte. Sur le modèle, il est vrai que la 304 passait pour une « petite 504 » aux yeux de leurs propriétaires, fiers d’avoir quitté leur fine 204 pour ce modèle plus angulaire et classé dans les 7cv…

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