Mercedes C126, la préférée des pilotes de F1

Au tout début des années 80, je ne possédais pas encore de permis de conduire, cela ne m’empêchait pas de lire avec assiduité les comptes-rendus d’essais des magazines automobiles, que ce soient les généralistes (L’Auto-journal, L’Automobile, L’Action Automobile) ou les sportifs (Auto-Hebdo, Echappement, Sport-Auto). Le deuxième groupe était évidemment plus porté sur les autos de caractère de tous bords, de la simple finition sportive à la super-car en passant par les voitures de courses et même les préparations tuning. Lors d’une lecture d’un essai de la C126 qui fait l’objet de notre attention aujourd’hui, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que les Mercedes de pointe, de surcroit en boîte automatique, étaient appréciées de certains pilotes de Formule 1, dont, si mes souvenirs sont exacts, Jacques Laffite et Alain Prost. La culture française pour ce type de transmission n’étant pas encore très développée en ce temps-là, on ne jurait que par le bon vieux levier de vitesse manuel, gage d’une rapidité de changement de vitesse et de meilleure adaptation du rapport engagé par rapport aux circonstances. C’est le conducteur qui conduit, pas la voiture ! Les pilotes de courses étant considérés comme de supers spécialistes de la conduite, je trouvais cela d’une aberration totale ! Moi-même, je n’ai longtemps juré que par la boite manuelle, et ce ne sont pas mes expériences aux Etats-Unis à la fin des années 90 qui allaient me convaincre du contraire. Tout allait bien sur les longues routes droites et infinies, mais sitôt que l’on arpentait les routes montagneuses du Nouveau-Mexique, entre-autre, on pestait contre cette boite qui hésitait sans cesse entre deux rapports : soit le moteur hurlait et on avançait, soit c’était silence et progression à la vitesse de l’escargot ! Qu’est -ce que j’étais content de retrouver mon bon vieux levier de vitesse manuel sitôt revenu sur le sol français ! Ce n’est que plus tard, ayant accumulé de nombreux kilomètres aux volants de diverses voitures, que j’ai percé le secret : un moteur de plus de quatre cylindres, puissant, coupleux et associé à une boîte automatique efficace, n’empêche nullement de prendre du plaisir au volant. Cette combinaison permet de croiser sur la route à des vitesses élevées dont les maîtres-mots sont efficacité, souplesse, puissance, quiétude. Un ralentissement soudain ? Qu’importe ! Il suffit d’appuyer fermement sur l’accélérateur afin de provoquer le kick-down, les rapports tombent et la voiture se relance dans un mélange de puissance et confort, un sentiment de facilité incroyable se dégage, inutile d’attendre que le moteur monte péniblement dans les tours. Et là, je repense à ces pilotes de Formule 1 qui se défoulent toute l’année dans leur monoplace en vivant en permanence des accélérations et freinages fulgurants dans un confort, il faut bien le dire, tout relatif. Ainsi, lorsqu’ils se déplacent en privé, ils ont besoin de plus de confort sans pour autant sacrifier à l’efficacité, quadrature du cercle qu’une Mercedes V8 est parfaitement capable de réaliser !

Présentée en 1981, soit un an après la berline W126 dont elle dérive fortement, la C126 vient remplacer la SLC type C107 présentée en 1972, la SL type R107 quant à elle, continuant sa carrière jusqu’en 1989. Avec ce nouveau coupé, Mercedes place un jalon important dans la production automobile mondiale en créant une référence réunissant tout ce que l’on est en droit d’attendre d’une voiture. Ainsi on peut résumer la voiture en quatre points importants :

Un design élégant

Le dessin, très classique, reprend la ligne générale des générations précédentes mais en les modernisant très subtilement. Ainsi les pare-chocs chromés seront abandonnés au profit de boucliers en polyester et des protections latérales, apparues je le rappelle, sur le Renault 5 de 1972 ! L’intégration parfaite de ces éléments va bénéficier au CX et à la fluidité naturelle de la ligne qui reprend le trait caractéristique d’absence de montant central entre les vitres avant et arrières. Mais ce qui fait la force de ce design c’est surtout l’équilibre et l’harmonie générale des proportions, pas besoin d’artifices qui en font trop comme sur les voitures d’aujourd’hui à force de plis et replis. « Less is more » comme on dit en anglais, soit, pas la peine d’en rajouter !

Des moteurs au top

L’offre des moteurs donne le ton et place d’emblée la voiture sur le très haut de gamme, en effet, c’est V8 à tous les étages et uniquement ! Au premier millésime, deux cylindrées sont proposées : 3839 cm3 (204 ch., 315 mN) et 4973 cm3 (231 ch., 405 mN), avec des vitesses de pointes respectives de 210 et 220 km/h. Des valeurs respectables pour l’époque et que nombre de voitures de nos jours n’atteignent pas ! Baptisées 380 et 500 SEC, ces dénominations font directement référence aux cylindrées. Evolution en 1986 : la première citée devenant 420 SEC en adoptant un moteur de 4196 cm3, (218 ch., 330 mN), la 500 passe à 245 ch., et on ajoute une ultime version devenue désormais mythique, la 560 SEC de 5547 cm3, 300 ch., 455 mN de couple et 238 km/h en vitesse de pointe ! Tous ces moteurs sont évidemment alimentés par le biais de l’injection.

Une technique avancée

Au-delà de ces fantastiques moteurs, sachez que le coupé C126 est exclusivement disponible en boîte automatique, cette dernière étant très efficace pour l’époque et ne fait en aucun cas regretter l’absence d’alternative manuelle. C’est également l’une des rares voitures au monde du moment, à proposer un ABS de série. Reprenant la bonne idée démocratisée par Citroën, la 560 sera également équipée de la suspension hydropneumatique et d’un système anti-cabrage à l’accélération. Enfin, petit gadget amusant : dans un coupé ou cabriolet aux longues portes, il faut se contorsionner pour chercher la ceinture de sécurité placée très en arrière du siège, ici, un bras motorisé vous l’amène au niveau de votre épaule une fois installé à bord ! Evidemment, des équipements, aujourd’hui banals, font partie de l’offre : direction assistée, vitres électriques, climatisation, etc…

Qualité de fabrication

On ne peut parler de la C126 sans évoquer la qualité des matériaux utilisés, la rigueur des assemblages et la fiabilité légendaire de Mercedes au rendez-vous. On en a pour son argent ! C’est le moins que l’on puisse attendre d’une voiture dont le ticket d’entrée frise les 300.000 F ! Somme très importante qui a fait dire au journaliste de l’Auto-Journal avec malice : “son matricule SEC a peut-être un rapport avec l’état dans lequel le client risque de se trouver après son acquisition…” ! Pour vous donner un ordre de grandeur, une CX 2400 Prestige est proposée à 115.500 F et, la moins chère des françaises de série, la 2CV 6, à 24.900 F.

Malgré des tarifs élevés, les chiffres de ventes ne seront pas négligeables et pendant plus de dix ans au catalogue, elle fera le bonheur de propriétaires qui profiterons, non pas d’une sportive, mais d’une formidable routière, souveraine sur autoroute, dont l’efficacité de la transmission automatique n’a d’égale que la facilité déconcertante dont ce coupé de 1600 kg est capable de se mouvoir sur route, tout ceci avec une tenue de route au top et dans un confort royal !

Bien que la Mercedes C126 soit au top, cela n’empêchera nullement les spécialistes du tuning de se pencher sur le sujet. Le bien connu AMG, en premier lieu, qui sortira encore quelques chevaux de ces V8 pourtant bien fournis ! Outre la mécanique, ce sera la carrosserie qui subira, avec force spoiler, becquet et élargisseur d’ailes, les affres du tuning, pas toujours du meilleur goût soit dit en passant ! D’ailleurs, dans un “Oldtimer Katalog” allemand datant de 2009, le journaliste prédit que l’avenir en collection de la C126 appartient surtout à celle qui ne sont pas “spoilerisées” !

Une C126 “Fast-back”

C’est lors d’un concours amical entre illustrateurs, dont le sujet était la C126, que j’ai eu l’idée d’en faire une version deux volumes. J’avoue un petit faible pour ce type de carrosserie, ainsi, j’ai une préférence pour les Mustang deux volumes par exemple. Je n’ai pas remporté ce concours car visiblement, les propositions artistiques ont prévalu sur les réalistes, groupe dans lequel je me situe. Néanmoins, elle a suscité des réactions d’étonnements mais également d’intérêts.

Ci-dessus les versions de série, ci-dessous les versions légèrement tunées

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